Amy Jo Burns

Editions 10-18 / 2022 / 312 pages
« Il y a deux façons de voir la montagne […]. La vue depuis le sommet et la vue du sommet. »
Ce n’est pas le premier roman que je lis qui se déroule dans cette région d’Amérique. Un paysage montagneux, des fermes isolées et des âmes en perdition. Les Appalaches détiennent les vies de ceux qui y naissent, au milieu de la contrebande d’alcool fait maison et d’une religion fervente mais aveugle car seule source d’espoir.
Une fois le décor planté, on comprend mieux le titre de ce roman, qui m’intriguait beaucoup. On a affaire à un pays où l’homme règne en maître et où la femme n’a pas d’histoire car elle n ‘existe qu’à travers un père, un frère ou d’un mari, dans leur ombre qui les éclipse et les empêche d’écrire leur propre destin.
Et pourtant.
La jeune Wren, au look dépassé et au regard brûlant, élevée par un père qui sait lancer les serpents aussi habilement qu’il règne sur son parterre de fidèles durant ses prêches du dimanche, grandit dans l’ombre de sa mère et de la meilleur amie de celle-ci, Ivy. Elle se glisse dans leurs pas, apprend tout de ces femmes qu’elle admire mais dont elle ne sait rien. Isolée du monde extérieur par la religion des montagnes, elle doit comprendre comment s’accomplir dans ce monde qui n’est pas fait pour les jeunes femmes en quête de vérité.
Les hommes de la montagne tenaient la barre de leur histoire, et les femmes leur tenaient lieu de rames.
Quel roman! J’ai beaucoup aimé cette atmosphère particulière, pesante, qui nous enserre dans un lieu dont on sent les frontières, où les mots dessinent les contours et qu’on aimerait franchir désespérément. Des héroïnes fortes, déterminées, dans un monde qui ne leur fait aucun cadeau. Comme le dit Wren quand elle prononce ces mots « Je ne voulais pas être une histoire, je voulais vivre. », des femmes qui ne veulent pas servir de faire-valoir au patriarcat.
Super découverte de cette autrice américaine dont on comprend très vite qu’elle sait parfaitement de quoi elle parle. Une vision de l’Amérique politiquement incorrecte, drue et aride, qui existe et doit être contée.
Les chasseurs, les bûcherons et les paysans avaient enseigné à Flynn et Briar qu’une jeune femme était une terre inhabitée jusqu’à ce qu’un homme se l’approprie. Les deux garçons considéraient Ruby comme un territoire à conquérir, et se voyaient l’un et l’autre comme le pionnier légitime.
