Elin Hilderbrand

Le Livre de Poche / 2023 / 576 pages
Cet été 1969 sera pour toutes les femmes de la famille Levin celui de la résilience et du renouveau.
Pour vous qui commencez à connaître mes goûts de lectures, je ne suis pas une grande adepte des romans d’été qui promettent aux lecteurs légèreté et insouciance. Pourtant j’ai vu beaucoup passer ce roman d’Elin Hildebrand par ici, et il avait l’air de convaincre aussi celles dont je partage les affinités en matière de bouquins… je me suis lancée, donc.
J’ai fait la connaissance d’une famille aisée de Boston, le clan Foley-Levin avec ses femmes de plusieurs générations, le temps d’un été où le centre des opérations se passe sur l’île de Nantucket dans la maison de la grand-mère, Exalta Nichols, dite Nonny, figure à poigne de la haute société de ce lieu de villégiature prisé.
Les filles: Kirby la rebelle bien décidée à se mêler à la plèbe n’en déplaise à sa famille, Blair l’aînée, enceinte jusqu’aux yeux aux prises avec ses doutes au sujet de son mari presque-astronaute, et Jessie la petite dernière coincée pour les vacances auprès de sa grand-mère vieux jeu alors que c’est l’été de ses 13 ans et de tous les espoirs qui vont avec. La mère, Kate, survole ce petit monde avec un détachement incontrôlable lié à l’enrôlement de Tiger, son fils unique et parfait, pour le Vietnam.
Quand la lettre du service militaire arrive pour Tiger, le premier instinct de Kate est de la jeter. N’est-ce pas l’instinct de toutes les mères américaines ? Prétendre que la lettre s’est perdue, accorder encore quelques semaines de liberté à Tiger, le temps que l’armée américaine en envoie une autre – et d’ici-là, cette horrible guerre au Vietnam aura pris fin. Nixon a promis d’y mettre un terme.
On assiste ainsi au quotidien de cette famille bourgeoise durant les quelques semaines de cet été 69 qui fut pour les américains une succession de bouleversements sociaux et politiques. L’autrice a fait le choix de nous offrir un portrait plutôt serein d’une famille aux prises avec des petits tracas mais jamais trop orageux… on reste dans un climat très propret. Malgré cette peinture d’une amérique privilégiée, on assiste tout de même à quelques distillations de questions plus profondes liées à la ségrégation, la guerre au Vietnam ou à l’émancipation des femmes. Ouf.
En ce qui me concerne je n’en ai pas connu beaucoup, de bouleversements. J’ai été contente de découvrir l’autrice, c’est plutôt bien écrit et les personnages peuvent être attachants. J’ai lu les 562 pages assez rapidement, signe d’un intérêt certain. Mais au final, ça me conforte dans l’idée que je suis plutôt faite pour des histoires qui viennent me chercher avec un peu plus de poigne.
Et si grandir signifiait garder des choses pour soi ? Les expériences de cet été feront partie d’elle, au même titre que ses os et ses muscles, son cerveau et son cœur. Dans dix ou vingt ans, lorsqu’elle repensera à cet été 1969, elle songera : C’est l’été où je suis devenue réelle. Une personne à part entière.
