Guillaume Delbos

Les Editions Romann / 2023 / 264 pages
C’est l’histoire d’une violence narcissique moderne, de ce que ce tout a engendré pour le narrateur et sa muse, l’analyse d’une génération en dérive digitale.
Victor ou Guillaume? On peut se poser la question de l’emprise qu’aurait l’auteur sur son personnage… Quarantenaires amoureux des mots, tous deux consultants en communication et connaisseurs des méandres parfois malsains des réseaux sociaux, ils s’assimilent dans ce profil, ajoutant un soupçon de crédibilité appréciable au récit.
L’emprise, parlons-en. Quand une rencontre professionnelle se passe dans un monde virtuel, de plateformes en réseaux sociaux, qu’est-ce qui empêche un glissement vers une relation plus intime et intrusive? Les mots utilisés comme des griffes, les phrases harponnant subtilement l’autre pour ne plus le lâcher, c’est peu à peu le jeu sournois d’une véritable dépendance qui tourne à l’obsession.
Tout l’enjeu de l’histoire de Victor et Léopoldine est la question de la pondération entre domination et dépendance dans les relations virtuelles… que sommes-nous prêts à confier de notre intimité, de notre réalité via un écran? Comment gérer des sentiments, conserver de la pudeur ou de la sincérité à travers une communication déshumanisée? Même si les mots rapprochent les êtres, l’auteur dénonce les travers malsain que peut créer le filtre d’un ordinateur quand le discours prend une tournure qu’on ne maîtrise plus.
Cette légèreté était donc la bienvenue à ce moment de ma vie, et le contact aussi : nous sommes en 2021, ça fait vingt-et-un ans que je bosse avec internet, et je suis, comme tout le monde, le téléphone greffé à la main. Je vis au gré des vibrations de ma laisse électronique, mon cœur bat au rythme des notifications d’apps, ma fenêtre sur le monde est un écran.
Si les propos des protagonistes sont bourrés d’humour et de second degré, il en est de même de la plume de Guillaume Delbos. Connu pour ses jeux de phrases poétiques lancés sur la toile, il en truffe son récit au milieu de diverses références et punchlines bien senties. J’avoue que je n’ai pas été très sensible à ce type d’écriture qui m’a souvent empêchée de me retrouver totalement prise par l’histoire. Cela ne m’a pas empêché d’apprécier de découvrir ce premier roman dont la thématique ne peut pas laisser insensible voire même un peu désorienter…
Un grand merci Guillaume pour m’avoir fait découvrir ton premier roman!
🎨 couverture by @kalonjijp
C’est drôle ce mot, « comprendre »: normalement, c’est une bonne chose d’y arriver… mais ce peut aussi être « prendre pour un con » si décomposé et contrarié. Le cas ici: elle projetait sur moi sa volonté de choses à elle, sa vision selon son prisme, quand moi je ne faisais qu’émettre des faits, mais chacun voit toujours les choses à sa façon, le fameux « midi à sa porte ».
