Les Indes Fourbes

Alain Ayroles et Juanjo Guarnido

Editions Delcourt / 2019 / 160 pages

Fripouille peu recommandable mais hautement sympathique, don Pablos de Ségovie nous livre le récit de ses aventures picaresques dans l’Espagne du Siècle d’or, et dans cette Amérique qu’on appelait encore les Indes. Tour à tour misérable et richissime, adoré et conspué, ses tribulations le mèneront des bas-fonds aux palais, des pics de la Cordillère aux méandres de l’Amazone, jusqu’à ce lieu mythique où se cristallisent tous les rêves du Nouveau Monde : l’Eldorado !

Je rentre d’un voyage extraordinaire … partie de Madrid, centre du monde en ce XVIIème siècle des conquistadors, jusqu’au continent américain, les Indes mystérieuses et leurs énigmatiques contrées remplies d’or et de légendes.

J’y ai croisé des hommes de toutes sortes, des esclaves aux rois, des seigneurs ibériques aux miséreux, en passant par des pirates et des aborigènes aux coutumes obscures, au milieu de paysages incroyablement sauvages, de villages colonisés ou de palais de richissimes madrilènes.

Ce voyage je l’ai fait par les mots d’un homme aux mille facettes, à travers les récits d’un anti-héros de ses mésaventures aux innombrables détours, avec pour seul objectif de s’élever au-delà de la condition de gueux dans laquelle il est venu au monde. Tous les moyens seront bons à l’aventurier don Pablos de Ségovie pour s’élever au sein de cette société sans merci, quelles qu’en soient les conséquences.

Sois endurant, mon fils. Garde toujours à l’esprit que nos mésaventures les plus cuisantes peuvent se muer, sous la patine des ans, en de savoureuses anecdotes !

Dans la plus pure tradition picaresque – on apprend dans l’avant-propos qu’on va découvrir la suite imaginaire d’un vrai roman publié en 1626 et contant les incroyables mésaventures d’un truculent vaurien – on assiste ici à un chef-d’œuvre de la bande dessinée. Rythme ultra soutenu, flash-backs, rebondissements parfaitement maîtrisés, on a presque l’impression d’assister à une pièce de théâtre ou à un film d’aventure. L’auteur nous trompe plusieurs fois, joue avec notre sens de l’histoire en mélangeant les logiques apparentes du temps. Grand bien lui fasse ! C’est ultra plaisant d’avoir l’impression de se laisser balader en tournant les pages, jusqu’au dénouement final inimaginable.

Toi seul, lecteur omniscient, connais ce que je fus.

Une œuvre magistrale dont les sublimes illustrations n’ont rien à envier au scénario incroyablement abouti. La couverture est une œuvre d’art à elle seule et Guarnido ajoute une vraie corde peinte à l’aquarelle à son arc déjà surchargé de son talent.

Le 9ème art. C’est grâce à ce genre d’œuvre qu’on parle réellement d’art pour les bandes dessinées.

A force de constance dans la fourbe et d’invention dans la friponnerie, un obscur lève-tard peut y devenir le souverain d’un empire sur lequel le soleil ne se couche jamais !

Note : 5 sur 5.

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