Nuits Appalaches

Chris Offutt

Editions Gallmeister / Collection Totem / 2019 / 240 pages

Une histoire amorale de détermination, de vengeance et de rédemption.

1950. A travers les montagnes arides de son enfance, le jeune Tucker rentre de la guerre de Corée où il a vécu mille vies du haut de ses dix-huit ans. Son chemin croisera celui de Rhonda, une jeune fille en détresse. Il n’en faut pas plus pour que le cœur pur du jeune homme vole à son secours. Le début d’une vie à deux, d’un amour qui, malgré la vie ardue, pauvre et pénible du Kentucky des années post prohibition, leur permettra de construire le plus important : une famille.   
  
Mais face à l’acharnement d’une vie qui sait se montrer injuste, l’amour peut-il tout surmonter? Quand chaque jour devient un combat, les réflexes de vétéran de Tucker ressurgissent et il se battra jusqu’au bout pour protéger les siens…   

Elle espérait un arc-en-ciel qui n’arriva pas, et elle comprit qu’elle était désormais adulte et que les adultes n’espéraient pas ce qu’ils ce qu’ils ne pouvaient contrôler, mais acceptaient ce qui était là – arbre sur la route, les bois, le bleu pâle et translucide du ciel.

L’écriture de Chris Offutt ne s’encombre d’aucun artifice. Sa force réside dans ses mots directs et sans détours. Efficaces. Jamais un mot de trop. Comme son personnage, d’une force sans égale, il va droit au but et c’est ce qui donne toute la crédibilité à ce roman à la carcasse dure comme du roc mais tendre à l’intérieur.  
  
Ma lecture n’a pas été un long fleuve tranquille et honnêtement, j’en suis sortie sans trop savoir comment en parler. J’ai beaucoup aimé le parti pris de l’auteur dans le caractère de ses personnages très « bruts de décoffrage », sans compromis et ancrés dans leur terre. Des caractères attachants et infiniment sensibles derrière leur rugosité. Chris Offutt nous offre une critique d’une société qui délaisse la morale pour se concentrer sur les aléas de destins trop souvent balafrés.

Même si j’ai perdu parfois un peu le fil de l’intention du récit, le texte est empli de petites merveilles distillées ça et là, tout en assénant parfois une violence sans appel. J’ai été transportée durant ma lecture dans une atmosphère unique. Et c’est ce que je cherche quand je lis un livre.   

La pure immensité du ciel nocturne lui avait manqué, avec le minuscule amas des Pléiades, l’épée d’Orion et la Grande Casserole qui indiquait le nord. La lune était gibbeuse, à peine visible, comme si quelqu’un avait croqué dedans. L’opacité du ciel s’étendait dans toutes les directions. Les nuages bloquaient les étoiles, conférant à l’air une profondeur insondable. La limite des arbres avait disparu et les crêtes des collines se fondaient dans cette noire tapisserie. C’était la nuit Appalaches. Il ferma les yeux, apaisé.

Prix Mystère de la critique 2020

Grand Prix du Roman Noir Étranger du festival de Beaune 2020

Note : 4 sur 5.

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