Les optimistes

Rebecca Makkai

Editions 10/18 / 2021 / 672 pages

Du Chicago des années 1980 au Paris d’aujourd’hui, une épopée puissante sur le pouvoir de l’amitié face à la tragédie.

Chicago 1985. Paris 2015. Les points de départ des deux récits qui s’entremêlent au fil des chapitres, basculant d’une époque à l’autre, de personnages levant la tête bien haut dans une société en plein bouleversement social aux rescapés avançant aux côtés des fantômes disparus.  

Cette longue fresque qui nous conduit des frémissements du sida aux années 2000 bondissant au rythme des réseaux sociaux et des attentats à la bombe, nous présente une galerie de personnages aussi puissants qu’emblématiques et qui portent en eux toute l’arrogance d’une jeunesse dont l’insouciance en fera une génération sacrifiée. Notre regard de lecteurs de 2021 s’attache évidemment de manière inconditionnelle à ces jeunes gens, dont la confiance et la volonté de vivre se bute à une réalité qu’on sait aujourd’hui qu’elle sera pour eux trop violente, trop injuste. Les caractères des personnages sont si bien tissés qu’on a l’impression de les connaître, de savoir à l’avance leurs réactions face aux joies, aux drames… on sursaute avec eux, on se cherche, on découvre, on s’éclate et on souffre, indiscutablement.

Si les méandres du milieu gay américain des années 80 pourraient suffire à nourrir des dizaines de romans, l’intrigue est agrémentée ici du monde de l’art avec ses codes, ses anecdotes, ses passions et ses déchirements, ce qui rend l’histoire plus dense, plus profonde et offre plusieurs niveaux de lecture. J’ai beaucoup aimé les entretiens avec Nora, ses souvenirs poignants, ses amours de jeunesse et ses rencontres incroyables dans le milieu de l’art, qui en font une vraie passeuse de flambeau, entre les hommes qui ont été dévastés par la guerre et ceux qui en vivent une nouvelle en cette fin de XXème siècle.

Nico avait été très clair : il fallait qu’il y ait une fête. « Si jamais j’ai la possibilité de rester sous forme de fantôme, vous croyez que j’ai envie de voir des sanglots ? Je viendrai vous hanter. Pleurez, et je balancerai une lampe à travers la pièce, c’est compris ? Je vous flanquerai un tisonnier dans le cul, et pas pour vous faire du bien. »

J’ai évidemment eu en tête lors de ma lecture les adorées Chroniques de San Francisco, bible avant-gardiste de la représentation LGBT dans la littérature. Même si je n’ai pas retrouvé l’intensité des romans d’Armistead Maupin qui m’ont tant marquée, le parti pris de est très intéressant et le travail de recherche de l’auteure (que certains diront moins légitime qu’un autre à écrire sur le sujet) est remarquable et nous plonge dans une époque de tous les possibles, entière, pleine de libertés et de rêves d’avenir.

Dans ce roman on est tour à tour amoureux, révoltés, amusés, terriblement tristes ou terrifiés. Mais aux côtés de Yale, Nico, Charlie, Julian, Fiona ou Richard, on reste désespérément et plus que tout : optimistes.  

Si nous pouvions juste être sur terre au même endroit et au même moment que tous les gens que nous avons aimés, si nous pouvions naître ensemble et mourir ensemble, tout serait si simple.

Note : 4 sur 5.

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