Circé

Madeline Miller

Editions Pocket / 2019 / 576 pages

Avec « Circé », l’écrivaine américaine brosse un portrait de l’ensorcelante déesse, croisée par Ulysse dans l’« Odyssée », en figure féministe.

Le Monde, juin 2018

J’ai toujours été férue de mythologie. Les histoires d’amour entre dieux et mortels, les trahisons, les vengeances, les secrets et les grandes destinées. Ce monde incroyable où les héros éblouissent les déesses, où les dieux se métamorphosent pour séduire les jeunes filles… Le fait que durant tant d’années les hommes aient vécu au gré des oracles et des offrandes aux dieux pour s’attirer protection et prospérité… c’est un monde fascinant, dont les mythes et légendes sont sans limites. 

Madeline Miller nous propose ici de suivre la destinée de la déesse Circé. Fille du Titan Hélios, le soleil, et de la belle Persé, une nymphe gardienne des ruisseaux à l’instar de son père Océan. Circé, qui grandit au sein des multiples divinités de l’Olympe, se rend peu à peu compte qu’elle est différente des autres nymphes. Attirée par le destin des mortels, sa sensibilité fait qu’elle détonne dans ce monde de dieux sans conscience qui ne savent que prendre sans se soucier des conséquences, eux sur qui le temps et les choses du monde n’ont pas d’emprise.  

Mais lorsque Circé se révèle à elle-même grâce à son frère Æetès, elle commet l’irréparable. Avec sa sœur et ses frères, ils sont les premiers des enfants de dieux à développer des pouvoirs de sorcellerie. Bannie sur une île, elle y vivra mille vies. Au gré dès marins et héros de guerre qui accostent à son rivage, des sorts qu’elle réserve à son île ou à ceux qu’elle croise, Circé reste cependant égale à elle-même et fidèle à ses valeurs qui en font une divinité à part à laquelle on s’attache follement.  

Tout ne peut pas être prédit. La plupart des dieux et des mortels ont des vies qui ne sont rattachées à rien : elles s’emmêlent et suivent leur chemin ici et là, sans plan préétabli. Mais il y a aussi ceux qui portent leur destin comme un nœud coulant autour du cou, et dont la vie se déroule, aussi rectiligne que du fil de fer, quels que soient leurs efforts pour s’écarter du chemin tracé. Ce sont ceux-là que nos prophètes peuvent voir.

Quel bonheur de dévorer ce roman! La mythologie parfois si complexe y est vulgarisée pour permettre à chacun d’y trouver un plaisir fou, et en même temps, ceux qui y croiseront des noms connus, des histoires lues et relues, adoreront les redécouvrir du point de vue de la sorcière Circé, unique et éternelle.  

J’ai maintenant hâte de découvrir le premier roman de Madeline Miller, Le chant d’Achille. L’autrice, professeur de grec ancien et de latin – autant dire qu’elle connaît son sujet – y offre une nouvelle lecture de l’Illiade, texte fondateur de notre Histoire.

Néanmoins, dans une existence solitaire, il existe des moments rares où une autre âme plonge tout près de la vôtre, comme des étoiles qui s’approchent de la terre une fois par an. Pour moi, il avait été ce genre de constellation-là.

Note : 5 sur 5.

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