Les choses humaines

Karine Tuil

Editions Gallimard / 2019

Les Farel forment un couple de pouvoir, Jean est un célèbre journaliste politique français ; son épouse Claire est connue pour ses engagements féministes. Ensemble, ils ont un fils, étudiant dans une prestigieuse université américaine. Tout semble leur réussir. Mais une accusation de viol va faire vaciller cette parfaite construction sociale.

J’ai commencé ce livre avec beaucoup d’attente, peut-être trop. C’est pour ça que je n’aime pas entendre trop d’avis sur un même ouvrage. Si un grand nombre de personnes de mon entourage encense un livre, je pense, sûrement de manière inconsciente, que je me dois aussi de l’aimer. C’est pareil pour les critiques de films, je ne les lis jamais. Bref. On m’a beaucoup recommandé ce dernier roman de Karine Tuil. Et je l’ai apprécié. Mais j’avais trop d’attente.

J’ai mis du temps à entrer dans l’histoire parce qu’on m’avait trop décrit les habiles passages du procès, trop ciblé le sujet du livre sur l’histoire du viol. Mais pour moi ce roman ce n’est pas cela. On peut même ramener ces faits à un outil servant la vraie cause du propos : la critique d’une société de domination qui se veut au-dessus des autres, intellectuellement, physiquement, financièrement… et qui finalement peut, au détour d’un croche-pied, s’affaler de tout son long, ou du moins s’encoubler.

L’écriture extrêmement bien tournée de Karine Tuil nous permet de cerner chaque personnage très subtilement et d’en comprendre chaque tourment, chaque cheminement inconscient. L’auteure les approche sans complaisance, qu’ils soient victimes, bourreaux ou spectateurs, tentant d’abolir les hypocrisies d’une société sans scrupules.

On sent que l’auteur maîtrise son sujet (elle a suivi des études de droit) ainsi que le but de son écriture (c’est son onzième roman), souvent à tonalité sociale et critique. Mais je dois quand même avouer que j’ai eu du mal à m’attacher aux personnages (étaient-ils définitivement pervertis ?) ou à m’apitoyer sur leur sort, quel qu’il soit. Je ne veux évidemment pas – et ceux qui me connaissent le savent bien – minimiser ici le combat indispensable des femmes pour leur parole qui se déroule aujourd’hui et qui est remarquablement illustré dans ce livre. Mais il est peut-être justement trop mis au second plan selon ma propre lecture pour que j’en ressorte un peu plus affectée que le politiquement correct. (Mais rassurez-vous j’attribue ce sentiment en grande partie au fait que je baigne dans le milieu judiciaire depuis longtemps et que je deviens sûrement quelque peu insensible…)

Pour résumer je conseille volontiers la lecture des Choses humaines (je l’ai d’ailleurs offert à Noël) qui permet de passer un moment entre très bon style d’écriture et critique d’une société rondement menée, mais qui aurait pu – un peu plus – déranger.

« Après avoir vu quatre ou cinq procès, elle avait la conviction qu’on pouvait déterminer l’état d’une société au fonctionnement de ses tribunaux et aux affaires qui s’y plaidaient : la justice révélait la fatalité des trajectoires, les fractures sociales, les échecs politiques – tout ce que l’Etat cherchait à occulter au nom d’une certaine cohésion nationale ; peut-être aussi pour ne pas être confronté à ses insuffisances. (…) »

Note : 2.5 sur 5.

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