Mon désir le plus ardent

Pete Fromm

Editions Gallmeister / 2019 / 288 pages

Maddy s’était jurée de ne jamais sortir avec un garçon du même âge qu’elle, encore moins avec un guide de rivière. Et puis elle rencontre Dalt, et plus rien ne compte. A vingt ans, Maddy et Dalt s’embarquent dans une histoire d’amour absolue et explosive. Mariés sur les berges de la Buffalo Fork, dans le Wyoming, ils vivent leur passion à cent à l’heure et partent créer leur entreprise de rafting dans l’Oregon. Très vite, ils décident de fonder une famille. Mais l’enfant qu’ils décident de tout leur coeur tarde à venir. Un jour, alors que Dalt est en expédition en Mongolie, Maddy apprend une nouvelle qui bouleverse son existence.

En ouvrant Mon désir le plus ardent, j’ai découvert un auteur en même temps que j’ai rencontré Maddy et Dalt. Ca a été pour moi deux coups de coeur simultanés. Immédiats.

Les personnages de ce roman sont tellement à part que j’ai un peu de mal à trouver les mots justes pour ne pas les abîmer. Ils rassemblent en eux tout ce que la nature humaine fait de beau. Mais ensemble. Quand ils sont séparés ils ne représentent qu’une partie d’un tout. Pete Fromm a accompli dans cette histoire quelque chose de rare, celui de créer des personnages totalement et définitivement complémentaires.

Dès les première pages, on devient Maddy. 20 ans, sublime, la vie devant elle et surtout un besoin de liberté plus grand et féroce que les rivières qu’elle parcourt à bord de son raft pour faire frissonner les clients. Déterminée, elle sait exactement ce qu’elle veut. Et ce n’était pas Dalt. Sauf qu’elle n’avait pas prévu de croiser son chemin. Beau à tomber, jeune et des rêves plein la tête, presque autant que dans la sienne. Ils se croisent et c’est comme s’ils se retrouvent après avoir été séparés par les astres. Une évidence. Leur désir le plus ardent.

Mais malgré la chance immense, mais consciente, d’être ce qu’ils sont l’un pour l’autre, la vie a décidé de ne pas les épargner. Les Veinards comme ils s’appellent. Lorsque Dalt est loin d’elle pour le travail en excursion en Mongolie et alors qu’ils essaient depuis longtemps d’avoir leur premier enfant, Maddy apprend tour à tour deux nouvelles bouleversantes. Son corps a décidé de jouer avec elle. S’il lui offre le plus beau des cadeaux, il ne le fait pas sans se payer au passage. La putain de sclérose en putain de plaques. C’est le début des traitements, de la résignation, des rêves qui s’écroulent, des concessions, des rejets. Mais, et c’est là la force incroyable de ce roman, c’est surtout le début de l’immense force de vie qui habite ces deux-là, suivis de près par leur fils, puis leur fille. On découvre à quel point l’amour peut abattre des montagne et on en reste sans voix. Alors que nos personnages ont, eux, toujours le bon mot au bon moment.

Ils ne voient que la peur, les larmes qui, merde, ne sont que des accrocs et – ce n’est pas la première fois – je suis envahie de regrets; jamais ils ne connaîtront quelque chose d’aussi beau. Parce qu’en toute franchise, Dalt et moi ? Impossible qu’une telle chose se reproduise, pas dans cet univers. Nous avons tout pris. Toute la veine. Dommage pour eux.

Pete Fromm nous offre ici un livre poignant qui nous fait passer un message sans appel : la vie est belle. Elle l’est quoi qu’il arrive, quoi qu’elle nous mette en travers du chemin. S’apitoyer sur son sort n’est pas une option. Voir le verre à moitié plein et tourner les accidents de la vie en dérision, si.

Ce roman est construit sur un rythme surprenant. Il se plonge, au fil des chapitres, dans l’intimité de cette famille, pointant du doigt les éléments clés de leur chemin, sans une vraie logique dans l’enchaînement, juste des bonds sur la ligne du temps, comme un ami trop longtemps absent qui vient prendre des nouvelles. Un ami un peu trop intrusif et qui se sent parfois de trop.

L’écriture de Pete Fromm n’est pas surprenante que sur sa technique, il a une capacité folle à saisir les sentiments humains, et spécialement féminins. On évolue dans la tête de Maddy avec une facilité déconcertante. On vit avec elle chaque étape, chaque rêve, désir, désespoir, déchéance… On perd avec elle la mémoire des mots, des noms. On a le corps secoué par les mêmes spasmes. On ressent les mêmes émois. Et la force des mots de l’auteur prend toute son ampleur avec un humour omniprésent, une auto-dérision qui force l’admiration et qui est si déchirante quand elle nous fait passer du rire aux larmes.

C’est une des plus belle histoire d’amour que j’ai pu lire.

J’ai une affection particulière pour les éditions Gallmeister. La qualité de leurs romans, toujours si dépaysants, nous faisant voyager aux quatre coins d’Amérique, se ressent jusque sous nos doigts avec l’épaisseur du papier choisi et dans les sublimes couvertures plus réussies les unes que les autres. Ce roman de Pete Fromm ne fait pas exception à la règle et ce ne sera un secret pour personne après cette chronique que je ne compte pas m’arrêter là dans la découverte de cette collection.

Aussi inexorable qu’une rivière, cette saloperie ne ralentit que quand elle le veut, ces segments plus calmes où les déclivités se stabilisent, les eaux lisses où l’ont reprend son souffle entre deux rapides, surpris d’être encore vivant.

Note : 5 sur 5.

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