Rien n’est noir

Claire Berest

Le Livre de Poche / 2020 / 240 pages

« À force de vouloir m’abriter en toi, j’ai perdu de vue que c’était toi, l’orage. Que c’est de toi que j’aurais dû vouloir m’abriter. Mais qui a envie de vivre abrité des orages ? Et tout ça n’est pas triste, mi amor, parce que rien n’est noir, absolument rien. »

Frida parle haut et fort, avec son corps fracassé par un accident de bus et ses manières excessives d’inviter la muerte et la vida dans chacun de ses gestes. Elle jure comme un charretier, boit des trempées de tequila, et elle ne voit pas où est le problème. Elle aime les manifestations politiques, mettre des fleurs dans les cheveux, parler de sexe crûment, et les fêtes à réveiller les squelettes. Et elle peint.

𝘑’𝘢𝘪𝘮𝘦𝘳𝘢𝘪𝘴 𝘵𝘦 𝘱𝘦𝘪𝘯𝘥𝘳𝘦, 
𝘮𝘢𝘪𝘴 𝘫𝘦 𝘮𝘢𝘯𝘲𝘶𝘦 𝘥𝘦 𝘤𝘰𝘶𝘭𝘦𝘶𝘳𝘴 
– 𝘵𝘢𝘯𝘵 𝘪𝘭 𝘺 𝘦𝘯 𝘢 ! – 𝘥𝘢𝘯𝘴 𝘮𝘢 𝘤𝘰𝘯𝘧𝘶𝘴𝘪𝘰𝘯. 
𝘓𝘢 𝘧𝘰𝘳𝘮𝘦 𝘤𝘰𝘯𝘤𝘳𝘦̀𝘵𝘦 𝘥𝘦 𝘮𝘰𝘯 𝘨𝘳𝘢𝘯𝘥 𝘢𝘮𝘰𝘶𝘳.  

Ces quelques mots de Frida offerts à Diego personnalisent mieux que des grands discours l’incroyable amour quelle vouait au 𝘎𝘳𝘢𝘯 𝘗𝘪𝘯𝘵𝘰𝘳, monstre gargantuesque qui incarnait tant de talent et de passion.  

Quel couple! Quelle femme! Quelle femme!! 
Frida la guerrière dont on parle tant ces dernières années. Frida comme l’ultime représentante d’un mouvement de femmes qui veulent exister à tout prix, comme elle voulait exister aux yeux de Diego Rivera, séducteur insatiable aux milles vies.  

On découvre la vie tranchée, fracassée de la grande Frida (sans le « e » de l’Allemagne de son père), ses rêves, ses certitudes mises à mal par une vie qui s’acharne, et une ligne de conduite sans concessions. Elle nous épate et nous déconcerte, cette petite mexicaine au talent fou et aux milles fanfreluches, prête à tout pour tenir bon, malgré tout, et de ne jamais se trahir.  

Frida est fascinée par entre la première fois que l’on voit quelqu’un et la perception que l’on en a quand il nous est devenu familier. L’écart est fantastique. Jamais le décalage qui s’opère on ne verra à nouveau cette personne comme la première fois, c’est terminé, c’est évanoui. Dessiner un visage, c’est dessiner du temps passé. Elle aimerait pouvoir peindre Diego comme la première fois qu’elle le vit. Pour garder cela, l’impossible instant présent.

Les mots poétiques de Claire Berest sont remplis de couleurs, de nuances qui rythment ses chapitres, de palettes qui forgent ses personnages. Si le roman commence en douceur, on entre rapidement dans le vif du sujet et on se prend au jeu de ce tourbillon fait de passionnaria, de tragédie et d’art. Surtout.  

Merci à @mars_her_books_and_theuniverse de m’avoir offert lors d’un échange livresque cette très belle parenthèse au milieu du siècle dernier qui me laisse un goût de cactus, de bohème et d’une force hors du commun.  

Quand Diego cherche Frida dans une foule, il se met à siffler très fort la première phrase de L’Internationale, il attend alors que la deuxième s’élève quelque part dans la masse, pour se frayer un chemin vers sa note de musique, sa clef de sol.

Note : 3.5 sur 5.

Laisser un commentaire


Articles similaires