Fraternity

Díaz Canales et Munuera

Editions Dargaud / 2014

Que serait-il arrivé si nous avions été autres, si je n’avais pas été, moi, Josiah Warren l’individualiste et si lui n’avait pas été Robert Owen, le socialiste. Si la colonie ne s’était pas appelée New Harmony, si c’était d’autres colons qui l’avaient peuplée, dans un monde qui aurait beaucoup ressemblé au nôtre sans y être identique. Aurions-nous connu alors la véritable nature humaine ? Peut-être que cela ne serait même pas suffisant. Peut-être que pour être libre il faudra imaginer une nature, différente de celle de l’humain.

Josiah Warren, Boston, 1872

Amérique, fin 1800 en pleine Guerre de Sécession, New Fraternity, une société communautaire vivant sur l’idée de partage frôlant le communisme est sur le déclin. Des personnages au caractère fort y cohabitent et s’opposent, sur fond de querelles raciales et sociales. Et un enfant sauvage recueilli. Et un monstre. Tout ça ? Oui. Justement.

Si l’idée paraît bonne et pleine de promesses – on apprend dans la préface que la notion de société communautaire est largement inspirée de faits historiques et notamment des idées de Robert Owen, socialiste utopique considéré comme le père fondateur du mouvement coopératif – on est pourtant vite déçu par le manque de profondeur de l’histoire, malgré l’ambition des intrigues. Ou plutôt à cause de celle-ci. C’est comme un restaurant qui propose trop de plats différents. Aucun n’est abouti, ou trop peu. Ici, on aurait pu très bien se passer de plusieurs aspects de l’histoire, comme la venue des soldats noirs déserteurs ou l’existence même de ce monstre dont on ne sait rien et qui, finalement n’apporte même pas l’aspect fantastique qu’on attend à la vue de la magnifique couverture, ce qui m’avait d’ailleurs amené à me procurer cet album (et parce que j’adore les intégrales). On n’arrive pas plus à s’attacher aux personnages qui sont trop stéréotypés pour en être émouvants et dont les histoires personnelles ne sont ni assez explicites, ni assez abouties. On ressort avec trop d’interrogations et avec l’impression dérangeante d’une composition non achevée.

J’ai donc été un peu déçue par ce diptyque un peu fade de Díaz Canales dont les talents d’auteur m’avaient tant captivée dans Blacksad. Mais on passe néanmoins un moment agréable grâce au talent de Munuera dont les illustrations font mouche à chaque fois. Le choix des teintes sépia des illustrations ajoute un aspect monochrome ancien et poussiéreux à l’ambiance d’huis-clos étouffante.

A noter tout de même que dans l’édition intégrale que je présente ici, on s’offre de magnifiques planches d’aquarelle de Munuera en bonus.

Note : 1 sur 5.

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