Betty

Tiffany Mc Daniel

Editions Gallmeister / 2020 / 720 pages

« Ce livre est à la fois une danse, un chant et un éclat de lune, mais par-dessus tout, l’histoire qu’il raconte est, et restera à jamais, celle de la Petite Indienne. »

La Petite Indienne, c’est Betty Carpenter, née dans une baignoire, sixième de huit enfants. Sa famille vit en marge de la société car, si sa mère est blanche, son père est cherokee. Lorsque les Carpenter s’installent dans la petite ville de Breathed, après des années d’errance, le paysage luxuriant de l’Ohio semble leur apporter la paix. Avec ses frères et sœurs, Betty grandit bercée par la magie immémoriale des histoires de son père. Mais les plus noirs secrets de la famille se dévoilent peu à peu. Pour affronter le monde des adultes, Betty puise son courage dans l’écriture : elle confie sa douleur à des pages qu’elle enfouit sous terre au fil des années. Pour qu’un jour, toutes ces histoires n’en forment plus qu’une, qu’elle pourra enfin révéler.

J’ai terminé ce roman de la rentrée littéraire depuis quelques jours déjà mais avant de vous en parler, j’avais besoin de laisser un peu retomber les émotions qu’il a fait jaillir chez moi, comme chez beaucoup d’entre vous à voir passer les nombreux posts sur Instagram à son sujet. Clairement on ne ressort pas indemne de notre balade avec Betty…   
  
L’auteure nous offre, à travers les mots de la Petite Indienne, sixième d’une fratrie de huit enfants d’origine Cherokee par leur père, une ode au courage et à la vie qui s’empoigne, coûte que coûte. Elle nous conte son enfance, sa découverte de la vie des grands avec ses vérités crasses qui lui explosent au visage comme autant de bocaux jetés contre les murs avec une violence inouïe. Comment grandir sans connaître la tendresse d’une mère trop meurtrie pour tendre la main? En réalisant la haine que renferment les autres et la violence inconsidérée? Grâce à un père qui éclipse tout le reste par sa bienveillance et ses innombrables histoires inventées pour réécrire un quotidien trop sombre et souvent trop dur à affronter. Un père si lumineux qu’il en devient indispensable, comme le soleil qui réchauffe et nourrit. Tiffany McDaniel a fait de ce personnage une espèce d’être à part qui cristallise énormément de valeurs à faire perdurer. Un personnage qui hantera longtemps les lecteurs venus à sa rencontre. 

Non seulement Papa avait besoin que l’on croie à ses histoires, mais nous avions tout autant besoin d’y croire aussi. Croire aux étoiles pas encore mûres. Croire que les aigles sont capables de faire des choses extraordinaires. En fait, nous nous raccrochions comme des forcenées à l’espoir que la vie ne se limite pas à la simple réalité autour de nous. Alors seulement pouvions-nous prétendre à une destinée autre que celle à laquelle nous nous sentions condamnées.

Cette histoire est d’abord et surtout celle d’une famille. Inspirée par la vie de sa mère, Tiffany McDaniel puise profondément dans les liens du sang, racontant les relations indélébiles qui se tissent au fil des ans, s’agrippant les uns aux autres comme un lierre pris au piège… Betty, pour se construire, réécrit les épisodes douloureux pour les enfouir ensuite profondément comme une offrande à la terre, mère de toutes les histoires. Elle se souvient, de chaque légende indienne, de toutes les femmes de sa lignée par qui le pouvoir se transmettait. Elle est comme une passeuse, celle qui n’oublie jamais et qui conte sans cesse pour les générations futures.  

Devenir femme, c’est affronter le couteau. C’est apprendre à supporter le tranchant de la lame et les blessures. Apprendre à saigner. Et malgré les cicatrices, faire en sorte de rester belle et d’avoir les genoux assez solides pour passer la serpillière dans la cuisine tous les samedis. Ou bien on se perd, ou bien on se trouve. Ces vérités peuvent s’affronter à l’infini. Et qu’est ce que l’infini, sinon un serpent confus ? Un cercle brisé. Une portion de ciel fushia. Si l’on redescend sur terre, l’infini prend la forme d’une succession de collines ondoyantes. Un coin de campagne dans l’Ohio où tous les serpents dans les hautes herbes de la prairie savent comment les anges perdent leurs ailes.

Les mots de l’auteure sont choisis avec subtilité et intelligence, placés dans la bouche d’une fillette qui grandit. On aime tellement son innocence et son courage sans faille, qui balaie tout sur son passage, la faisant grandir et s’épanouir comme un roseau qui plie souvent mais ne casse jamais. 💜

Je vous avoue que ce livre a clairement été mon coup de cœur de cette année si particulière. Son ton, son histoire, sa véracité et sa force en font un ouvrage à part qui doit fondamentalement exister. Il m’a emmenée si loin aux côtés de cette famille que j’ai encore du mal à retrouver le chemin du retour. La foule de sentiments qu’il a, l’un après l’autre, fait valser en moi a encore du mal à retomber alors que le nombre de ses lecteurs de s’arrête plus et que les prix littéraires se battent à sa porte. Si je dois conseiller un seul livre cette année, c’est celui-ci.

Tu sais pourquoi je t’appelle Petite Indienne ? […] C’est pour que tu saches que tu es déjà quelqu’un d’important. 

Note : 5 sur 5.

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