Bénis soient les enfants et les bêtes

Glendon Swarthout

Gallmeister / 2017 (Stock 1971) / 173 pages

Ils sont six adolescents à s’être rencontrés dans ce camp de vacances en plein cœur de l’Arizona. Leurs riches parents ne savaient pas quoi faire d’eux cet été-là, et ils ont décidé d’endurcir leurs rejetons en les envoyant au grand air pour qu’ils deviennent de “vrais cow-boys”. Au sein du camp, ces enfants se sont trouvés, unis par le fait que personne ne voulait rien avoir à faire avec eux. Cette nuit-là, alors que tout le monde est endormi, ils ont une mission à accomplir, un acte de bravoure qui prouvera au monde entier qu’ils valent quelque chose. Et ils iront jusqu’au bout de leur projet, quel que soit le prix à payer.

Comment six jeunes garçons de douze à quatorze ans placés dans un camp de vacances pour enfants riches sensé leur apprendre à devenir des hommes – mais en réalité permettant surtout à leur parents de se débarrasser d’eux – se retrouvent-ils lors d’une nuit à emprunter un virage qui déterminera leur vie entière?  

C’est ce qu’on découvre petit à petit dans ce court roman initiatique qui nous emmène au fond des tourments liés à l’adolescence et a une enfance privée de tout ce qui construit un homme. A quoi bon vivre au milieu d’un luxe qu’on banalise quand on ne reçoit même pas la considération d’un père ou l’attention d’une mère?  Chacun à leur manière, les garçons du groupe « des faibles » de ce camp où la force se mesure en doses de testostérone, se reconnaissent à travers ce manque, des fêlures qui permettent d’entrevoir une lumière plus intense que n’importe quel acte de virilité.

Six garçons. Six enfants. Six sensibilités à fleur de peau qui tentent de ne pas se noyer dans une société élitiste et si peu portée sur les sentiments individuels. Tous les six portés par un besoin de reconnaissance et d’assurance qu’ils rechercheront désespérément durant cette nuit décisive, où ils décident d’aller au bout de leurs convictions, portés les uns par les autres dans une cohésion magnifique.  

Nous naissons les mains souillées du sang des bisons. Dans notre préhistoire à tous apparait la présence atavique de la bête. Elle broute les plaines de notre inconscient, elle piétine notre repos, et dans nos rêves nous crions notre damnation. Nous savons ce que nous avons fait, nous qui sommes un peuple violent. Nous savons qu’aucune espèce n’a été créée pour en exterminer une autre et la vue de ces dépouilles éveille en nous un plaisir inavouable, une haine des plus vivaces, un sentiment de culpabilité des plus inexpiables.

J’ai été extrêmement touchée par la cohésion et la bienveillance qui émergeait de ce groupe de garçons, parachutés malgré eux dans un contexte où rien ne leur est connu, où ils doivent se battre à chaque instant contre leur nature profonde et qui se soudent contre l’adversité, contre le manque, contre une vie qui ne leur a jamais fait de cadeau hormis combler du vide avec ce qui ne compte pas. Leur mission commune semble s’imposer à eux comme un devoir, pour se sentir utiles, importants, vivants.

Un roman fulgurant qui montre une nouvelle fois à quel point l’âme humaine peut être d’une bassesse à racler la terre autant qu’elle peut s’élever de manière lumineuse et remplie d’espoir. J’ai beaucoup aimé être transportée durant quelques centaines de pages dans l’Ouest américain et son âpre dureté. Je ressors de ma lecture touchée et marquée, signes pour moi indéfectible d’un très bon livre.  

C’était la substance fondamentale de toutes les histoires d’aventure américaines : des hommes armés, allant quelque part, pour faire quelque chose de dangereux.

Note : 4 sur 5.

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