Beloved

Toni Morrison

Editions 10/18 / 1993 (1987) / 384 pages

Inspirée par une histoire vraie, renforcée par ses résonances de tragédie grecque, cette œuvre au lyrisme flamboyant est l’histoire d’un destin personnel et d’un passé collectif.

Hymne à l’amour et à la maternité, roman de la faute, de la difficulté du pardon comme du deuil, de la rédemption par l’oubli, Beloved fut récompensé par le prix Pulitzer en 1988. 

Il est de ces livres qui pèsent un peu trop lourd à bout de bras. Qui nous semblent comme une charge trop grosse à supporter, mais qu’on ne veut pas déposer pour se soulager parce qu’on se sent responsable, parce qu’ils se frayent un chemin dans notre âme pour y amener un peu de sublime. Voilà le sentiment qui m’a accompagnée tout le long de ma lecture de mon premier roman de Toni Morrison, Pulitzer 88. Nobel 93. Pas rien.  

Fin du XIXeme siècle dans les états du sud des Etats-Unis, l’esclavage fait face à son abolition et les noirs américains apprennent peu à peu à se réapproprier une vie qui leur a été volée. Libérés, enfuis… quel que soit le chemin pour y parvenir, la route est longue pour un recouvrement de leur dignité. Car c’est de cela qu’il s’agit dans ce livre. De dignité. Ce n’est pas tant l’horreur qui se produit un matin dans un bûcher lorsqu’une femme a qui on a tout pris refuse de choisir le pire contre le mal, que ce qui a conduit à cette fatalité, qui est raconté ici.  

Se libérer était une chose; revendiquer la propriété de ce moi libéré en était une autre.


Les mots de Toni Morrison sont intenses et emplis d’une poésie folle. Ses phrases sont extrêmement denses et les flashs-back perpétuels rendent ardue la tâche du lecteur qui cherche à se raccrocher à des repères temporels ou doit avaler quelques phrases avec l’impression de tâtonner avant de comprendre où il a atterri.. On est littéralement dans la tête des personnages grâce auxquels toute la dimension de l’histoire prend forme peu à peu. Mais c’est dur. Si dur. On a mal et on cherche parfois un peu plus d’air pour ne pas suffoquer.  

J’ai refermé ce livre en ayant la sensation d’avoir tenu un monument entre mes mains. Comme un souvenir universel commun à tous les hommes, une mémoire collective qui ne doit jamais s’oublier. Car c’est bien à cela que servent les livres, à se souvenir. Mais il faut être prêt à cela et ne pas sous-estimer le pouvoir des mots quand on choisit de s’y confronter. 

Pour une ancienne esclave, aimer aussi fort était risqué ; surtout si c’étaient ses enfants qu’elle avait décidé d’aimer. Le mieux, il le savait, c’était d’aimer un petit peu, juste un petit peu chaque chose pour que, le jour où on casserait les reins à cette chose où qu’on le fourrerait dans un sac de jute lesté d’une pierre, eh bien, il vous reste peut-être un peu d’amour pour ce qui viendrait après.

Note : 4.5 sur 5.

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