FIT

Lolvé Tillmanns

BSN Press / Collection Uppercut / 2020 / 65 pages

Tout est vrai. Tout est faux.

Bref, c’est un roman.

L’histoire commence sur cette affirmation. Et j’ai beaucoup aimé tout le long de ma lecture me sentir entre fiction et réalité. L’histoire, c’est celle de Lo, la vingtaine, qui fuit la sécurité malsaine d’un foyer aisé pour prendre son envol tant bien que mal. Mais quand on veut s’assumer et suivre ses études dans une ville exigeante du bord du Lac Léman, il faut bosser. Pas le choix. Et tant qu’à faire tout de même un choix, autant le trouver loin des mains aux fesses des boites de nuit, ce job.  

La réception d’un fitness. Parfait pour réviser entre les longues heures d’attente, parfait pour observer un large éventail de ce que la race humaine promet de plus arrogant, de plus excentrique ou de plus vulnérable. Lo apprend les clients de passage, les habitués, les VIP, les chiants, les sympas. Et tout en traversant cette période aux relents de désinfectant et de sueur, elle vit sa vie de jeune fille d’aujourd’hui, habituée au machisme ordinaire, aux craintes des arrêts de bus le soir et des harceleurs en boîte de nuit. C’est la vie elle le sait. Et elle a décidé qu’elle choisirait ce qu’elle allait en faire.  

J’ai adoré ce court roman, dévoré en une soirée (à mon avis la meilleure façon de le savourer, comme un court métrage qui nous met un peu KO). On y parle du corps, du rapport qu’on entretient avec le nôtre ou celui des autres, du culte du paraître et du désir, des sujets de société forcément d’actualité avec la précarité étudiante libérée avec le petit job alimentaire, le harcèlement constant et toléré, l’importance du paraître dans une société de vitrines et de réseaux. Et Lo, elle fait du bien dans ce portrait du monde moderne, se jouant des codes, utilisant les déviances humaines pour en faire des armes et hurler son agacement. Tout ça en une soixantaine de pages percutantes, efficaces et directes.

J’ai découvert Lolvé Tillmanns – dont je suis contemporaine et compatriote – et sa plume qui pique il y a plusieurs années grâce à ses Minuscules qu’elle offre à la lecture sur son site internet. Des brèves qui tour à tour peignent des portraits de gens piochés au hasard ou nous envoient des cartes postales de ses voyages. De vrais petits moments de bonheur qui arrivaient dans ma boîte mail et qui me faisaient découvrir petit à petit le talent de cette auteure suisse romande que j’admire beaucoup.  

Si j’ai commencé par son cinquième et dernier roman, je ne suis pas prête de m’arrêter là.  

« Plein été, 10 heures du mat, évidemment personne ne vient courir sur des tapis de caoutchouc.

Aucun client, Luigi me regarde de l’extérieur et de tous les angles de la salle. Je cherche quoi faire de mon corps, je ne peux pas m’asseoir, c’est interdit, mais je pourrais facilement glisser mon livre de bio sous le comptoir et réviser tranquille, il me faut juste attendre que la couette bouclée se barre.

Continue comme ça, c’est exactement ce que je veux.

Que je reste sur mes deux pieds sans rien foutre ? Loyer, loyer, loyer !

Ok Luigi

N’oublie pas de sourire et ne t’habille jamais en tenue de sport, baskets interdites, pas de seins à l’air ou de minishort non plus, haut de gamme, tu vois ?

Faire bander mais discrètement. LO-YER !

Ok Luigi.

Ralph avait raison, t’es une fille intelligente, tu sais ce qu’il faut faire. Continue comme ça, je suis très content. »

Note : 4.5 sur 5.

Laisser un commentaire


Articles similaires