Seule en sa demeure

Cécile Coulon

Editions L’Iconoclase / 2021 / 333 pages

C’est un mariage arrangé comme il en existait tant au XIXe siècle. À dix-huit ans, Aimée se plie au charme froid d’un riche propriétaire du Jura. Mais très vite, elle se heurte à ses silences et découvre avec effroi que sa première épouse est morte peu de temps après les noces. Tout devient menaçant, les murs hantés, les cris d’oiseaux la nuit, l’emprise d’Henria la servante. Jusqu’au jour où apparaît Émeline. Le domaine se transforme alors en un théâtre de non-dits, de désirs et de secrets enchâssés,  » car ici les âmes enterrent leurs fautes sous les feuilles et les branches, dans la terre et les ronces, et cela pour des siècles « .

Ma deuxième lecture de la rentrée littéraire des éditions L’Iconoclaste après le surprenant Mon Mari de @maudventura_ est ce petit bijou d’une auteure que j’ai découverte cette année et dont la plume m’a totalement conquise.  

C’est une histoire de destins. De convenances et de désirs. D’apparitions et de secrets enfouis.  

Aimée, naïve jeune fille comme il faut du XIXème siècle et Candre Marchère, jeune et riche veuf austère de vingt-six ans, se retrouvent devant l’autel. Naturellement, comme une ligne tracée d’avance. Propulsée propriétaire aisée du domaine géré d’une main de fer dans un gant de velours par son époux, la jeune Aimée qui ne connaît rien d’autre que la chaleur de son cocon familial doit trouver, et se faire, sa place. Auprès de son époux, froid mais pragmatique, de ses gens, de la bonne Henria qui a élevé le jeune Candre à la mort de ses parents. Mais aussi de la forte et libérée Émeline qui lui offrira des souffles de liberté venus d’ailleurs. Trouver sa place en elle-même. Mais comment le pourrait-elle quand le piège glacial de sa demeure se referme insidieusement sur elle ? Il est des endroits où les secrets s’enterrent autant que les âmes qui les foulent.  

En descendant l’escalier sans qu’une seule marche ne grince, elle comprit qu’à présent, se déplaçant sans bruit dans un lieu si sensible aux vivants, elle faisait partie du domaine, au même titre que les meubles et les fantômes.

J’ai été immédiatement charmée. Par l’ambiance, la force du mystère permanent, l’aura des personnages, leurs prénoms qui ne sont fatalement pas choisis au hasard, ce côté vieille France très 1900 que j’aime particulièrement retrouver dans mes lectures. J’ai éprouvé des sensations que j’avais adorées lors de mes lectures des classiques anglais, de la Rebecca de Daphné du Maurier.

Je vous ai déjà parlé de l’écriture de Cécile Coulon. Ce talent qu’elle a de poser chaque mot sur le papier pour ce qu’il est, de le choisir avec précision, de nous entraîner avec une poésie si subtile et magnifiée qu’elle crée des images à chaque tournure de phrase. On se balade entre la fable et le roman noir, le drame gothique et le huis-clos, une lecture emplie de frissons, de références à la nature et aux caractéristiques si profondes de l’âme humaine.  

Bref vous l’aurez compris. J’aime cette auteure et ce qu’elle représente et offre à la littérature française.  

Les premiers sanatoriums, ouverts une dizaine d’années plus tôt, faisaient parler d’eux : on envoyait les malades en montagne pour les habituer au paradis.

Note : 5 sur 5.

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