Entre fauves

Prix des lecteurs du Livre de Poche 2022 – Polars

Colin Niel

Le Livre de Poche / 2022 / 384 pages

Un double récit sous tension, l’homme ramené à ses instincts et sensations les plus primaires.

𝘌𝘯𝘵𝘳𝘦 𝘧𝘢𝘶𝘷𝘦𝘴 nous parle de chasse. De traque. De liberté et de survie. Mais aussi d’instinct et de choix. De ceux qui cherchent le moyen de se faire une place dans ce monde comme de ceux qui veulent en donner une à ceux qu’on pourchasse.  

L’auteur a choisi de nous balader, au gré des chapitres, d’un personnage à l’autre et d’un bout à l’autre du globe. On passe ainsi des montagnes pyrénéennes de Martin, garde au parc national des vallées d’Aspe et d’Ossau, passionné de nature et voué à la préservation des espèces, au nord-ouest de la Namibie sauvage de Komuti, jeune berger de la tribu des Himbas dans la région aride du Kaokoland. Deux territoires où l’homme cohabite avec deux grands prédateurs, l’ours et le lion. Et puis on est transporté dans l’univers d’Apolline, jeune fille riche passionnée de chasse à l’arc dans laquelle elle excelle et qui part accomplir son plus grand rêve : chasser un lion. Ce lion à la crinière noire justement, c’est Charles, dont on partage également les pensées et les sentiments.  

S’entremêlent les destins de ces différents personnages, chacun à la recherche d’un accomplissement, de toucher du doigt le destin pour lequel ils sont nés. La tension monte peu à peu dans le dernier tiers du livre, lorsque la traque (ou les traques) approchent de leur but.  

Le chasseur c’était lui, lui qui dictait ses règles, jamais pris par surprise, alors non, il n’allait pas laisser aux hommes cette victoire-là, il venait de sortir des ombres pour enfin leur faire face, calé dans le sable à quelques mètres d’eux, au pied d’un buisson plein de griffes, ses yeux dans les leurs.

C’est le tout premier polar que je lis dans le cadre du #prixdeslecteurs2022polar des éditions du @livredepoche.

Le sujet est absolument passionnant et les descriptions fascinantes. La merveilleuse Afrique, ses paysages et sa faune sauvage, les montagnes pyrénéennes sublimées par un regard amoureux. Quant aux personnages ils interprètent parfaitement le rôle qu’on leur attribue, incarnant les différentes facettes de ce monde si particulier de la chasse. L’importance des réseaux sociaux est également très présente dans l’histoire, démontrant à quel point la violence virtuelle des extrêmes peut aboutir à la violence concrète des hommes.

On a clairement affaire dans un roman noir qui explore les passions et les valeurs des hommes, et jusqu’où chacun est prêt à aller, tout en réussissant à ne pas tomber dans la facilité du manichéisme avec un sujet aussi clivant que celui de la chasse, mêlé à des problématiques brûlantes comme la préservation et l’extinction des espèces, le changement climatique et l’impact des réseaux sociaux. Un beau parti pris de la part de l’auteur.

Cependant, si j’ai apprécié ma lecture et le sujet archi documenté, il m’a manqué un peu de tension, de suspense. De ce qui fait qu’on veut tourner la page suivante pour lire encore plus vite la suite. Cela dit le dernier tiers m’a plus embarquée et j’en sors donc avec un sentiment mitigé pour un roman classé dans la catégorie polar.

On le sait maintenant : chaque fois que nos foutus aïeux ont posé le pied quelque part, ça a été l’hécatombe. La seule différence entre eux et nous, c’est la vitesse à laquelle, aujourd’hui, on est capable de faire disparaître ce qui nous entoure. Pour ça, c’est certain, on est imbattables : deux cents espèces de vertébrés éteintes en moins d’un siècle, aucun autre animal ne peut se vanter d’un tel record.

Note : 3.5 sur 5.

Laisser un commentaire


Articles similaires