L’ange de Munich

Fabiano Massimi

Le Livre de Poche / 2022 / 672 pages

Dans une République de Weimar moribonde, secouée par les présages de la tragédie nazie, Fabiano Massimi déploie un roman fascinant, basé sur une histoire vraie et méconnue, mêlant documents d’archives et fiction avec le brio d’un Philip Kerr.

Ma première lecture de la sélection du Prix des lecteurs du mois de juin a annoncé la couleur : elles allaient toutes me plaire ! (et donc le choix – pas encore fixé – difficile à faire). Mais je vous avoue que ce polar historique magnifiquement documenté a remporté mon coup de cœur (et donc mon vote du mois).

On se retrouve ici dans l’Allemagne de l’entre-deux guerre, meurtrie et délabrée mais aussi terrifiée par les prémices de l’ombre nazie qui s’agrandit. En cette année 1931, sur fond décalé festif de l’Oktoberfest, Munich est la scène d’une mort pas tout à fait comme les autres : Angela Raubal, « Geli », 23 ans, est retrouvée sans vie dans un appartement de Prinzregentenplatz. Cette adresse, que tout le monde connaît, est tristement célèbre pour loger le futur dictateur. Geli n’est autre que la nièce d’Adolf Hitler. Cette nièce dont il est le tuteur, qu’il semble adorer plus qu’il ne devrait et dont les liens qui les unissaient faisaient déjà l’objet de nombreuses rumeurs.

Parachutés sur l’enquête, le lieutenant Sauer et le commissaire Forster – complémentaires au travail et meilleurs amis dans la vie – comprennent vite les enjeux liés à cette enquête extrêmement sensible. Ce qui passe de prime abord pour un suicide semble cacher de nombreuses zones d’ombre. Mais est-il prudent de les déterrer ? Le tandem, dont les joutes verbales sont succulentes, ne va pas tarder à tester les limites d’un système déjà largement corrompu.

Les rencontres que nos inspecteurs feront tout au long de leur enquête sont succulentes pour le lecteur. Himmler, Göring, Heydrich, Goebels, Hoffmann… tous ces noms de dignitaires nazis qui donnent des frissons et qui constituent des personnages de polar terrifiants plus vrais que nature. C’est peu dire.

Donc, si on récapitule, fit Mutti : nous avons un suicide entre vendredi et samedi, un suicide samedi matin, un suicide dimanche après-midi, un médecin légiste qui part à la retraite entre dimanche et lundi et un collègue chargé d’une affaire collatérale qui tombe malade lundi matin. Un agenda bien rempli, conclut-il. S’il s’agit d’une épidémie, j’espère attraper la retraite plutôt que le suicide.

Sur fond de montée en puissance du national socialisme, d’une Allemagne qui panse ses plaies à la recherche d’une nouvelle splendeur, on découvre un roman historique extrêmement bien documenté et fondé sur une histoire vraie. Entre complots politiques, scandales sulfureux et enjeux nationaux, on découvre les dessous fascinant d’un pan de l’Histoire écrit d’une plume totalement addictive.  

Ce qui m’a fascinée, c’est la frontière que l’auteur se plaît à transgresser entre la vie publique et politique d’Hitler et son pan intime. Il laisse volontairement un flou entre ce qui se sait, ce qui se soupçonne et ce qui au contraire doit être tu. Au lecteur de se faire une opinion : qu’est-ce qui peut s’appuyer sur des sources irréfutable, ou au contraire fait la part belle aux conjectures ? Les historiens s’accordent pour admettre qu’aujourd’hui encore la personnalité du leader fou reste énigmatique et controversée.

Si les termes « polars historiques » sont parfois difficiles à accorder (quelle est la frontière entre l’enquête et ce qui relève indubitablement de l’Histoire?), c’est ici un pari clairement réussi par l’auteur qui a su arracher de l’oubli l’histoire trop peu connue de la jeune Geli. Pour ma part c’est un vrai coup de cœur que je n’ai pas pu lâcher de la première à la dernière page. La tension qu’a su entretenir Fabiano Massimi dans ce polar haletant, en partie due à la période historique et aux conséquences que l’on connaît, est palpable et on en oublie parfois de respirer.

Mais finalement… quel polar pourrait être plus terrifiant qu’avec l’oncle Adolf comme personnage principal?  

Quand Herr Hitler se tut, Sauer s’aperçut qu’il avait écouté son récit sans prendre une seule note, comme captivé par un de ses compteurs hors pair qui parviennent à faire oublier l’existence du monde réel à leur public.

Note : 4.5 sur 5.

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