Le choix

Viola Ardone

Editions Albin Michel / 2022 / 400 pages

«Viola Ardone raconte la grande Histoire et la petite histoire, nous parle d’hommes et de femmes, d’honneur et de réputation, de lois à abolir. Un roman puissant où chaque personnage mériterait des pages entières et dont la protagoniste s’inscrit très profondément dans nos cœurs.»

Marie-Claire

Dans les années 60 à Martorana, petit village sicilien, les règles dictent la vie des hommes mais surtout des femmes. Des règles pour l’école, l’église ou la maison, des règles pour marcher dans la rue – jamais seule – pour se vêtir – ne jamais se mettre en valeur – ou pour se comporter – baisser les yeux et ne jamais dire oui.  

Olivia Denaro a quinze ans. Le corps qui se transforme et une beauté dont elle n’a pas conscience. D’autres l’ont à sa place et n’hésiteront pas à appliquer d’autres règles ancestrales : la fugue d’amour, qui permet aux jeunes d’épouser celui que leurs parents n’ont pas forcément choisi, mais qui peut aussi se retourner contre les jeunes filles qui en sont victimes. Ce statut de victime, Oliva le revendique. Non sans mal, elle qui a été élevée parmi ces femmes qui suivent les décisions des hommes, qui a été sculptée par ces règles ancestrales. Mais certains hommes, comme son père, sont précurseurs d’une autre vision de la femme et des droits que les hommes s’octroient. Et le monde change et l’Italie avec lui. Et la jeune fille ose demander d’être considérée. D’avoir le droit de dire non. D’avoir le choix. 

C’est pour ça que je cours tout le temps dans la rue : l’air qu’expirent les garçons est comme celui d’un soufflet qui aurait des mains et pourrait toucher ma chair. Alors je cours pour devenir invisible, je cours avec mon corps de garçon et mon cœur de fille, je cours pour toutes les fois où je ne pourrai plus, pour mes camarades qui portent des chaussures fermées et des jupes longues, qui ne peuvent marcher qu’à petits pas lents, et puis aussi pour ma sœur qui est enterrée chez elle, comme une morte, mais vivante.

Ce roman s’inscrit dans un mouvement social que nous connaissons aujourd’hui et qui donne plus que jamais la parole aux femmes. Les traditions ancestrales de certaines communautés font écho à cette soif d’indépendance et d’affranchissement, alors que des femmes du monde entier se battent et paient, parfois, de leur vie pour permettre aux prochaines de vivre libres.  

Dans sa version originale, ce roman s’intitule sobrement « Oliva Denaro ». Placé sous le nom de son autrice, l’anagramme formé entre les deux nous saute aux yeux. Et avec lui tout ce qu’il symbolise de la force de la sororité.  

Un magnifique roman, le deuxième de cette auteure italienne de talent, à lire absolument.  

Une fille, c’est comme une carafe : qui la casse la ramasse, dit toujours ma mère.

Note : 4.5 sur 5.

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